Qi Lou Lao jie - La rue des arcades de Haikou
Haikou, c'est un peu le cœur financier de Hainan. Ce n'est pas la première destination pour les vacances, mais ça ne veut pas dire qu'elle n'offre pas plein de choses à voir.
Dans les « must » à voir, il y a la rue des arcades. Le quartier des骑楼 — Qilou pour les intimes, ou « arcades » pour ceux qui ont la flemme de prononcer correctement — s'étend sur environ 4,4 kilomètres de rues et abrite plus de 600 bâtiments datant pour la plupart des années 1920-1930.
L'histoire commence au XIXe siècle, quand les Hainanais partaient «下南洋 » — comprendre : aller chercher fortune en Asie du Sud-Est — et revenaient avec des idées architecturales qui mélangeaient allègrement le baroque européen, les colonnades grecques et le bon goût tropical .
Le résultat est un capharnaüm stylistique absolument
délicieux, classé « Rue historique et culturelle de Chine » en 2009 .
L'adresse exacte : le quartier s'articule principalement autour de 中山路 (Zhongshan Road), après c'est au petit bonheur la chance.
Le point de repère le plus simple : descendez à l'arrêt de bus « 钟楼 » (Tour de l'Horloge), vous êtes en plein dedans .
L'endroit est sympa, vous pourrez y manger et boire — et même y manger des choses qui, si vous demandez ce que
c'est, vous vaudront une réponse évasive et un sourire.
Mais moi, ce que je préfère, c'est me perdre dans les
petites ruelles qui l'entourent.
Et là, mes amis, c'est le paradis du photographe — à condition d'accepter que
le paradis soit parfois mal éclairé, encombré de scooters, et gardé par des
chats qui vous regardent comme si vous étiez là pour leur voler leur âme.
Les ruelles autour de la rue des arcades sont un labyrinthe de béton et de
mémoires. Vous y trouverez des câbles électriques qui pendent comme des lianes
suicidaires, des machines à laver antédiluviennes qui essorent encore des
vêtements qui n'ont pas vu la lumière du jour depuis trois décennies, et des
habitants qui vous regarderont avec cette expression universelle qui signifie :
« Encore un touriste avec un appareil photo. Bon. Si tu me photographies, sors
mes habits du dimanche. »
Pour le photographe amateur de textures, c'est une orgie.
Vieux murs décrépis, enseignes rouillées, linge qui sèche entre deux fenêtres, enfants qui jouent au badminton avec une raquette qui a connu des jours meilleurs. Tout est cadre. Tout est grain. Tout est authentique, dans le sens où rien n'a été nettoyé pour votre confort visuel.
Le piège, c'est la lumière. Entre 11h et 15h, le soleil tropical décide de
transformer chaque ruelle en four à pizza. Vous transpirerez. Votre objectif
prendra la buée. Les habitants vous ignoreront avec une élégance consommée
pendant que vous essayez de capturer « l'âme du lieu ». L'âme du lieu, elle,
est probablement en train de faire la sieste derrière un rideau de fer.
Le meilleur moment ? Tôt le matin, quand les ruelles sentent le thé et la
friture, ou en fin d'après-midi, quand la lumière rasante transforme les murs
lépreux en tableaux de maître. Mais pour les petites ruelles, pas le choix, le
soleil de midi est le seul qui passera entre les bâtiments des petites ruelles.
Et si vous avez la chance de tomber sur un chat qui
accepte de poser, sachez que vous avez atteint le sommet de la hiérarchie
photographique locale. Le chat, lui, le sait déjà.
Bref, allez-y. Perdez-vous. Revenez avec des photos. Et si un habitant vous demande pourquoi vous photographiez son mur, dites simplement : « Pour l'art. »
Il haussera les épaules. C'est la réponse universelle.
















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