Fujian – La Nouvelle Route de la Soie
Il y a quelques années, on m’a invité à faire la promotion du Fujian. Ce fut mon premier « tour ». Mais peut-être devrais-je expliquer ce que j’entends par là, pour les non-initiés.
En gros, on vous embarque, on vous dépose, on vous reprend. Vous claquez des photos, vous tournez des vidéos, vous faites « oh » et « ah » avec une sincérité plus ou moins spontanée, et vous apprenez une quantité industrielle de choses – certaines vraies, toutes utiles, au moins pour briller en dîner.
On se lève à six heures du matin – ce qui, pour un écrivain, est une heure indécente, mais on fait avec –, on avale des kilomètres de bitume dans un bus climatisé comme un frigo, et on ingurgite des spécialités locales jusqu’à ce que votre ceinture vous supplie d’arrêter. Et, contre toute attente, on se fait des amis. Pas des amis de façade, non : des vrais, ceux avec qui on partage le même regard vitreux devant le dix-huitième bol de soupe de nouilles. Bref, j’ai adoré. C’était mon premier, et il avait ce goût des premières fois : un peu flou, beaucoup chaud, et intact.
Le Fujian, pour ceux qui n’y ont jamais mis le pied, est un endroit d’une beauté presque injuste. J’ai eu la chance d’y retourner pour le travail – on appelle ça « travailler », mais entre nous, c’était un privilège déguisé en agenda. Il y a de la culture à tous les coins de rue, des temples qui vous regardent de leurs toits courbés, des sites à tire-larigot, une mer qui vous rappelle que le monde est vaste, et des montagnes où se cachent les Tulou – ces forteresses rondes de terre qui semblent avoir poussé du sol pour dire aux nuages : « On est là, et on ne bouge pas. »
J’y ai visité pas mal d’entreprises. Et même si, en toute honnêteté, voir comment on colle des semelles de chaussures ne faisait pas partie de mes rêves d’enfant, j’ai quand même réussi à en tirer des photos étonnamment esthétiques. La lumière, vous savez, fait des miracles.
Au final, j’en suis assez content. Mais le vrai clin d’œil du destin, c’est que le spectacle de marionnettes local – ces ombres et ces fils qui dansent comme des âmes en liberté – a été invité en France il y a quelques années. En terre gauloise, ils ont fait leur petit effet. Et ça, c’est un peu la classe, non ?
Comme quoi, la Nouvelle Route de la Soie ne passe pas que par des ports et des trains. Elle passe aussi par des bouts de bois sculptés, des fils tendus et des histoires qu’on raconte à l’autre bout du monde, pour rappeler que la soie, au fond, c’est aussi un fil qui relie.










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