Ding An, Hainan, photo de paysage et pied de porc

C’était il y a quelques années. On m’a demandé de prendre des photos de Ding An, une petite ville du Hainan, pour préparer un plan de promotion de la région. En gros, il leur fallait des images de drone – ces vues plongeantes qui donnent l’impression que le monde appartient à ceux qui ont les batteries les plus chargées – pour faire joli dans les PowerPoints. Parce qu’un bon PPT, comme un bon vin, se boit d’abord avec les yeux.


Bien sûr, je n’ai pas fait que survoler la terre comme un oiseau de métal. J’ai aussi pris des photos bien normales, bien terre-à-terre. Je suis un petit malin, moi. Je me suis dit : si les drones voient le monde d’en haut, moi je le verrai d’en bas, en vrai, avec les pieds dans la boue et en claquettes.

Et qu’est-ce qu’il en ressort, de cette double approche ? Que la forêt, ben… elle ressemble quand même beaucoup à un autre bout de forêt. Les arbres sont là, ils se tiennent droits, ils font leur job, et au bout d’un moment, vous vous dites que Mère Nature a des économies de moyens. C’est joli, certes, mais elle pourrait varier un peu les plaisirs.

En revanche, au village, ils avaient un super restaurant. Et là, révélation : ils y faisaient du pied de porc. Un pied de porc qui vous regardait dans les yeux avec une confiance tranquille, et qui, contre toute attente, était absolument délicieux. Pourtant, je précise – et je le fais au nom de la vérité – je n’aime pas le pied de porc. À la base. Mais là, je l’ai aimé. La cuisine a ce pouvoir : elle vous fait aimer ce que vous détestez, juste pour vous rappeler que vous n’êtes pas maître de vos papilles.

Assez vite, cependant, on se retrouve à court de sujets de discussion. Avec des gens qui ne parlent pas beaucoup, c’est une équation implacable. Le silence s’installe, pas désagréable, mais comme une flaque qui s’étend. Heureusement, c’est à peu près à cette époque que je m’étais offert une Switch. Le trajet est devenu tout de suite plus sympa. Je me suis fait des amis virtuels, j’ai sauvé des mondes, j’ai vaincu des boss – tout ça pendant que le bus traversait des paysages que je n’étais même plus en train de regarder. Ah, et ça me rappelle que je viens tout juste de récupérer *Xenoblade Chronicles X*. Je devrais aller y jouer un peu, tiens. Mais après.




Car avant de m’éclipser, il faut que je vous parle de la région.

En vrai, c’est sympa pour une balade à moto. Les routes sont paisibles, l’air est épais comme un sirop, et la région doit bien compter une centaine de lacs cachés – des petits bijoux d’eau douce qui vous regardent depuis le fond des vallées, comme des yeux bleus qui clignent sous la canopée. Il y a des endroits à visiter, notamment un coin où l’eau est fraîche – très fraîche – et où tout le monde vient y barboter, les gamins, les grands-mères, les couples en goguette.

Et vous allez me dire : « Ben, une eau fraîche, rien d’extraordinaire à ça. »

Et bien si. Parce que la région est plutôt infestée de sources chaudes. Des sources qui bouillonnent, qui fument, qui vous promettent une peau de bébé et vous cuisent comme un œuf à la coque. C’est bon pour la peau, les sources chaudes, c’est vrai – mais pour se rafraîchir, c’est un peu comme se jeter dans une casserole. Alors, quand on trouve une flaque d’eau vraiment froide, au milieu de toute cette géothermie, on ne s’en prive pas. C’est un luxe. Une anomalie. Une bénédiction des dieux, qui ont dû se dire, ce jour-là : « Tiens, faisons plaisir à ces pauvres gens. »

Voilà pour Ding An. Un endroit où l’on mange du pied de porc sans aimer ça, où l’on survole des forêts qui se ressemblent, et où l’on finit par jouer à la Switch en attendant que les sources chaudes refroidissent. La vie, parfois, tient à peu de choses.





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